Le mythe de la butte de permaculture par Christophe Gatineau

N.B des demains dans la terre : à l'instar de Gilles Domenech et Denis Pépin, deux références pour notre part du jardinage sur sol vivant qui portent une analyse approfondie et critique des techniques de jardinage naturel, nous relayons cette analyse pertinente sur la mode des buttes (au point que la permaculture est en parfois réduite à cette technique).

     De notre côté, sur notre terrain maraicher agroforestier, divisée en micro-parcelles, une micro-parcelle a été conduite en buttes (+30 à 50 cm au dessus du niveau du sol), sans enfouissement de matière organique cependant, avec simplement une remontée de la terre des allées . Nous remarquons certes certains avantages à cette technique (moins d'effort pour se pencher, meilleur ressuyage (idéal pour primeurs et plantes exigeant un sol bien frais), plus de terre pour des plantes à système racinaire plus profond, possibilité de combiner différentes expositions au soleil, etc...) mais nous remarquons aussi nombre d'inconvénients (surtout pour un sol à dominante sableuse comme le notre) : + de nécessité d'arroser en cas de sécheresse, beaucoup d'effort et de temps de travail pour confectionner les buttes, difficulté à retenir son évasement ou nécessité de confectionner des rebords ce qui accroît les coûts et le temps de travail, etc...) 

 

     Nous recommandons donc d'être lucides sur l'intérêt des buttes et de bien réfléchir à leur utilité en fonction de vos usages, de votre temps disponible et de vos rêves (ex : un jardin avec une terre arable très peu profonde (de 10cm) avec un sous-sol imperméable, aura alors tout intérêt à être converti en buttes !).

    Nous continuons à confectionner des buttes (de terre ! précision importante) mais nous nous arrêterons à de petites surfaces par rapport à l'ensemble du terrain cultivé. L'idéal pour nous étant de jardiner sur des planches permanentes, surélevées ou non.

 

    Pour ce qui est des buttes avec utilisation de matière organique, comme les buttes lasagnes, (et non dépôt de matière organique ou léger enfouissement en surface, ce que nous appliquons de plus en plus sur notre ferme, tout comme la mise en place d'engrais verts), nous rejoignons entièrement le point de vue développé ci-dessous.

Celles et ceux qui sont passés sur la ferme le savent déjà ;)

 

    Si nous relayons essentiellement cet article, c'est parce qu’il touche à une critique profonde que nous faisons de l'essor fulgurant de la permaculture : la permaculture n'est pas une recette miracle et ne se résume pas à de simples techniques ! Elle reprend et donne une certaine cohérence (relative ne l'oublions pas) à des techniques déjà éprouvées dans le monde entier et à une manière de concevoir un site résilient et qui se rapproche des principes des écosystèmes naturels.

    Formez-vous (un CCP ne suffira pas, loin de là), observez mais comprenez aussi ce que vous observez (ce qui demande des savoirs et savoirs faire) et surtout faite au plus simple tout en veillant à comprendre/ressentir la complexité de votre environnement et à vous rapprocher des principes écologiques des écosystèmes naturels.

 

   Enfin, la permaculture peut donner de beaux résultats mais ne perdons pas notre esprit critique au passage ! Ou nous perdrons tout sens à la voir se développer, de plus en plus à tout va d'ailleurs (à relier avec l'essor de la "permabusiness" ou plus anciennement de la bio-business... mais ceci est un autre débat ;)

 

Le mouvement permaculturel aurait tout intérêt à s'inspirer de la cohérence et des valeurs de l'agroécologie telles que développées par l'association Nature et Progrès !

 

Bonne lecture ! 

 

Article pioché sur l'excellent blog de Gilles Domenech, qui l'a lui même repris du blog de Christophe Gatineau :

 

http://jardinonssolvivant.fr/le-mythe-de-la-butte-de-permaculture-par-christophe-gatineau/

 

Je reproduis avec l’aimable autorisation de Christophe Gatineau, cet article qu’il vient de publier dans son blog le jardin vivant. Si je reproduis à l’identique cet article (je crois que c’est la première fois que je fais cela) c’est pour plusieurs raisons :

– Tout d’abord il m’a consulté et posé quelques questions avant de le poster (je suis d’ailleurs cité dans l’article) ;

– Ensuite parce qu’il pose ici des questions qui ne sont pas assez débattues, à mon sens dans le jardinage bio et la permaculture où la butte commence à s’ériger en dogme.

Il y a quelques années, je vous avais posé la question jardinez vous sur butte ?, Question à laquelle vous avez été nombreux à me répondre et suite à laquelle  Jacques Subra avait écrit cet article très instructif : Un jardin, oui, mais lequel ?

Là encore, je vous invite à partager en bas de cet article, votre expérience et votre point de vue par rapport à ce qu’écrit Christophe dont je partage le point de vue sur ce sujet.

Je la laisse la parole à Christophe :

La butte de culture ou la culture sur buttes est devenue une figure de la permaculture en France, comme un signe de reconnaissance et d’appartenance à une tribu ; un symbole si fort que beaucoup d’adeptes croient que la culture sans but, c’est cultiver contre la nature !

Et on peut lire sur le web : « La culture sur buttes est un principe fondamental en permaculture. »

Ou sous la plume du journaliste de Rue89Thibaut Schepman : « La butte, une combine épatante du jardinier bio et paresseux. »

Vue en coupe d’une butte contenant du bois. Mark, Flickr, Creative Commons.

À ce sujet, Claude Bourguignon explique dans une vidéo :

Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant !

Faire des buttes, c’est bien en zone sahélienne, mais chez nous, il faut vraiment avoir envie de se casser les reins pour rien…

Quant à Moilamain, un des phares de la permaculture en France, il soutient que les buttes ont été greffées par hasard à la permaculture par Emilia Hazelip dans le courant des années 80 !

En parallèle à ses activités de maraîchage, Émilia dispensait des stages d’introduction à la permaculture pendant lesquels son jardin en butte servait de support à l’illustration des principes de la permaculture (sol non travaillé, fertilité créée par les plantes…)

Et l’amalgame permaculture = culture sur butte est sûrement né dans ce contexte.

Et quand je lui pose la question : la butte élève-t-elle la permaculture ?

Clairement : non ! Très sincèrement, la culture sur butte est un détail de peu d’importance pour ceux qui ont une bonne connaissance du concept de permaculture « inventé » par Bill Mollison.

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu’ils appellent butte de permaculture… Mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. Ils réalisent des buttes bourrées de matières organiques sur des terrains déjà fertiles… Et l’amalgame perdure, renforcé par une vidéo présentant la méthode de Philip Forrer qui enterre du bois pourri dans ses buttes.

 Pour lire la suite de l'article, c'est ici :

 

http://www.lejardinvivant.fr/2015/09/28/buttes-de-permaculture-idees-recues/

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Commentaires : 3
  • #1

    Yasmine (lundi, 07 mars 2016 13:09)

    Cet article est interessant mais du coup ca laisse beaucoup de questions sans réponse (en tout cas en tant que novice).
    Actuellement je mûri un projet d'installation agricole et n'en suis qu'aux balbutiements.
    J'avais l'impression que la méthode "BRF" était pas mal et préconisée par les Bourguignon, du coup je suis un peu perdue. La méthode BRF est-elle bonne tant qu'on ne laboure pas ? Ou bien n'est elle bonne que les 1er années pour rebooster un sol "mort" ?
    J'ai aussi entendu parler de la méthodu Fukuoka-Bonfils qui utilise du trefle au lieu du bois vert. Fukuoka préconise d'abandonner le Labour et de faire le moins d'actions possibles sur le sol. Du coup, en effet du peu que j'en comprends la butte ne semble pas très prometteur et je n'y adhère pas

  • #2

    Yoann des demains dans la terre (mardi, 15 mars 2016 19:18)

    Bonjour Yasmine,

    la question du BRF est plus compliquée qu'il n'y parait. Le BRF est déjà à éviter dans une terre argileuse et/ou très humide (il risque d'y avoir une mauvaise décomposition de la MO et un blocage du sol). Pour les autres terres, il faut bien voir qu'il est essentiellement intéressant pour les terres déstructurées (soit poussière, soit mottes très compactes) et surtout à faible taux de MO (- de 2%). Il peut aussi servir de paillage mais il faut plutôt le voir comme une nutrition à long terme du sol à effet structurant durable (un amendement) et non pas comme un paillage nutritif (tel foin ou feuilles) qui sera beaucoup plus intéressant au potager (les bactéries qui sont à privilégier au potager ne "digèrent" pas le BRF ou en tout cas très peu une fois pré-décomposé par les champignons (d'ailleurs le BRF sera à privilégier au verger car les champignons en raffolent, or ils sont les principaux alliés des arbres )
    Rien n'est systématique en jardinage naturel, c'est qui le rend parfois compliqué mais aussi passionnant et mystérieux (un peu à l'image de la nature en somme ;).
    Concernant la méthode Fukuoka-Bonfils, malheureusement elle n'a pas été beaucoup expérimenté en France. Marc Bonfils avait fait des recherches passionnantes et nous espérons quand nous aurons plus de temps les poursuivre avec d'autres.
    Sinon, en attendant je te conseille de lire les bouquins de Gilles Domenech, Denis Pépin et de Soltner.
    Les références en jardinage naturel et bien souvent peu adeptes de la butte ! ;)
    Je ne vais pas m'étaler mais en tout cas n'hésites pas à passer sur la ferme si tu en as envie pour qu'on en rediscute.

    Yoann de la ferme les demains dans la terre

  • #3

    Yasmine (samedi, 19 mars 2016 15:59)

    Bonjour ! et merci beaucoup !
    Je vous ai mis dans ma liste de fermes à visiter pour quand j'aurai sauté le pas et demandé mon congé sabbatique ! (pas pour tout de suite, je mûri le changement dans ma tête...)