La chasse, le paysage et l'homme omniscient ou comment nous détruisons notre futur !

Ce qui suit est un article analysant la chasse et notre rapport au paysage, comme révélateurs de notre rapport à la nature; et sur l'urgence de renverser nos manières de penser et d'interagir avec le reste du vivant !

Bonne lecture et n'hésitez pas à laissez vos commentaires !

 

Yoann de la ferme les demains dans la terre

     La chasse, révélateur de notre inconscient collectif apeuré face au sauvage

 

       La chasse est en France, un sport(sic) encore fréquemment pratiqué. Mais aucun autre sport ne tue et ne blesse autant que la chasse, que ce soit des animaux comme des humains. La nature devient, les jours de chasse, le territoire quasi-exclusif d'une poignée de personnes, des tirs de fusil et des balles qui sifflent. Gare à vous si vous osez vous promener en toute tranquillité dans la nature, si vous ne rebroussez pas chemin au son guerrier des fusils et des aboiements de chiens, vous risquez d'en être la victime collatérale...

        Les accidents de chasse touchant des randonneurs sont certes "rares" mais les promeneurs n'ont rien demandé. Ils cherchent aussi à profiter des merveilles de la nature, sans tuer cependant, et à cherchent aussi à exercer un loisir, sans arme tout autant. La chasse serait plus légitime comme activité de loisir en nature, que la randonnée ? Un randonneur doit-il être prudent à la place de celui qui porte une arme, contenant des balles capables de perforer le crane d'un sanglier à plus d'un km de distance, et donc le crâne d'un être humain ?

        Le chasseur prétendra cependant, si un randonneur est blessé ou tué, qu'il s'agissait d'un accident et non de meurtre sans préméditation, mais alors celui qui tue au volant devrait aussi plaider l'accident de chasse ! Peut-être s'en tirerait-il lui aussi à bon compte, pour mieux rouler le lendemain à 180 kilomètres par heure sur une route limitée à 80 kilomètres par heure !

 

 

       En plus d'être une activité dangereuse pour autrui et non pénalisée en cas "d'accident", la chasse participe à la tuerie de nombre d'animaux en voie de disparition. Après avoir éteinte, en France, le loup, l'ours, le lynx et autres animaux clés dans la régulation des écosystèmes, la chasse a aussi failli faire disparaître la buse et autres oiseaux clés de nos contrées.

       Après avoir éliminé les régulateurs naturels des populations herbivores, il alors facile de prétendre que la chasse est nécessaire pour réguler ces mêmes populations. La chasse devenue indispensable par son inconséquence même. L'ironie est évidente, mais le sourire un peu crispé !

 

       Et lorsque les prédateurs reviennent jouer leurs rôles naturels, les chasseurs se placent en sauveurs des populations effrayés, des bergers aux troupeaux malmenés et des politiciens en mal de popularité ! C'est vite oublier toute l'histoire des éco-génocides de la chasse, de ses inconséquences (beaucoup ont oublié qu'après avoir quasiment éliminé le sanglier dans les années 70, les chasseurs les ont gavé et croisé avec des porcs pour multiplier rapidement leur population avant de se placer comme régulateurs indispensables de leur population !) et de leur prétention à être des prédateurs plus efficients que loups et lynx qui régulent la population des herbivores depuis des dizaines de milliers d'années en France !

 

 

      Mais la chasse ne serait-elle pas avant tout le révélateur de notre position vis à vis de la nature ? Le chasseur, à la pyramide de la chaîne écologique, omniscient face à la complexité des règles des écosystèmes, pourfendeur des animaux inutiles, nuisibles, parasites, criminels (osons le mot !). La chasse "moderne" est le fusil de notre esprit de domination envers la nature. Cette chasse est l'incarnation de notre inconscient effrayée face au sauvage, à l’incontrôlable. Le chasseur, la milice que l'on envoie en finir avec l'objet de notre peur.

 

     Cependant, l'inconscient d'une société change. Aujourd'hui, de plus en plus nombreuses sont les personnes souhaitant se rapprocher du sauvage, s'émerveiller devant l’incontrôlable, vivre en cohabitation avec des êtres qui ont leur place, tout autant que nous, dans les écosystèmes.

      Le randonneur est souvent de ceux-là et il aimerait pouvoir cohabiter avec la faune sauvage sans que pour lui, ni pour la nature qui l'entoure, une menace pesante et violente pèse sur lui.

 

     Me direz-vous, le loup peut tuer, le sanglier aussi. Oui, mais il n'a pas la conscience de tuer pour tuer, il ne ressent pas de plaisir à tuer, il ne va pas s'acharner sur ses proies et les accidents mortels de rencontre entre humains et animaux sauvages sont plus rares que les accidents de chasse. De plus, si nous éliminions tout les animaux et invertébrés qui peuvent tuer, nous éliminerions alors lions, guépards, vipères, requins, orques, méduses, panthères, tigres, éléphants, rhinocéros, etc... La liste est longue et le monde serait bien triste et durablement appauvri au niveau de ses écosystèmes (ex : la réintroduction du loup dans le parc du Yellostone a permis de sauver l'écosystème qui était en danger).

     Il est d'ailleurs bien hypocrite, en tant qu'occidental, de défendre des animaux sauvages d'Afrique et d'Asie et de protester contre leur braconnage ou leur élimination par des populations locales, tandis que nous réclamons à cors et à cri l'élimination ou la régulation extrème du loup dans nos contrées (il est vrai que comparé à des lions ou des tigres, le loup est bien plus féroce et dangereux...).

 

      La confédération paysanne ferait ainsi bien de s'interroger sur les manières de revoir nos pratiques d'élevage afin de permettre la cohabitation du loup avec l'homme, avant de réclamer elle aussi son cantonnement, voire son élimination ! S'est-elle au moins renseignée du côté des pratiques d’effarouchement non-violente du loup?

 

     Nous devons réapprendre à vivre avec le sauvage, mais la chasse actuelle ne fait pas partie de ce monde à réinventer. Elle est au contraire le révélateur de notre propension à dominer le monde, à écraser ce qui nous fait peur et à ressentir du plaisir, qui plus est !

    Si chasse il doit y avoir, elle devra d'abord accepter que le sauvage a sa place dans ce monde partagé avec le reste de la faune dont nous avons tant besoin !

     Une chasse qui aurait pour seule vocation à servir d'appoint de nourriture aux êtres humains tout en veillant à l'équilibre des écosystèmes (mais qui ne prétendrait pas contribuer à l'équilibre des écosystèmes, pendant des millions d'années la nature s'est très bien débrouillée sans nous !) peut avoir sa place dans un monde de cohabitation avec le reste de la faune. Nous sommes dans tous les cas loin de cette situation...

      Excepté nombres de peuples premiers, en lien étroit avec leur environnement, que nous traitons d'ailleurs facilement encore de sauvages ou de non-civilisés, et dont leur culture et leur territoire de cueillette et de chasse disparaît sous les coups de notre "civilisation"... 

 

      Des réserves de vie sauvage tels qu'en met en place l'ASPAS, devraient ainsi se multiplier partout en France afin de créer des refuges pour la vie sauvage, en attendant que nous sachions à nouveau la respecter !

 

     Mais avant de repenser collectivement nos interventions, ou non, sur la nature, il serait aussi assez sain de repenser nos pensées liés au paysages qui révèlent clairement notre rapport à la vie sauvage.

 

Paysages figés et domination sur la nature ou paysages évolutifs et cohabitation avec la nature ?

 

    Il se cache ainsi une certaine prétention à être les soi-disant façonneurs des paysages.

 

    En commençant par le déni des aléas climatiques, de la capacité de la nature à remodeler un paysage et à créer un sol (mais sur des centaines à milliers d'années), au climax de nos contrées (L'Europe était ainsi couvert d'une vaste forêt au temps des Celtes).

    La France a connu nombre de paysages radicalement différents au cours de millions d'années par l'action de changements climatiques conséquents : steppe, forêt tropicale, forêt tempérée, glaciers gigantesques, toundras, etc... Un paysage est ainsi fait pour évoluer mais ce par un processus naturel et souvent "lent", où des écosystèmes s'adaptent en permanence et ne sont pas gérés par une force soi-disant supérieure : après Dieu, voici l'ère de l'homme omniscient... et omnipotent !

 

     Prétendre qu'un paysage qui a été façonné par l'être humain : le bocage, les prairies et les forêts cultivées, et ce sur une période courte de quelques centaines d'années, doit rester tel quel, tandis que les mentalités changent, que nous connaissons l'importance de plus en plus empirique d'être relié au sauvage, de réinsérer la nature au sein de nos écosystèmes, de laisser faire les autres êtres vivants auxquels nous sommes étroitement reliés, cela est faire preuve d'arrogance envers la vie qui nous entoure !

      Que le loup revienne et ce sont "nos" (sic) paysages qui sont perdus ! Le pastoralisme de montagne disparaîtra, l'économie de montagne par la suite, puis la friche reviendra avec sa cohorte d'animaux sauvages féroces et la civilisation s'écroulera sous un maelstrom de forêts sombres et habitées d'êtres surnaturels et dévoreurs d'enfants... Nous ne sommes pas loin de la prophétie de l'apocalypse !

 

     Nous oublions vite que l'essor de l'humanité est étroitement lié à l'exploitation et la domestication de cette nature sauvage, duquel son retour nous effraie tant ! Sans les loups, pas de domestication des chiens; sans les arbres et les forêts pas d'essor des villes et de l'économie du moyen-âge à la "révolution" industrielle. Sans la nature même, l'homme n'est rien, nu, et inconsolable, sauf si il tente de s'en extraire et de dominer sa peur en dominant, exploitant et détruisant ce qui l'entoure et duquel il peut en tirer profit... ou non. Jusqu'à ce que le vide l'entoure et l'avale à son tour.

 

    Les paysages modernes ont été façonnés par les êtres humains grâce à la richesse des écosystèmes qui nous entourent, mais ces paysages ne sont rien sans cette biodiversité !

    Tout au plus des coquilles mortes, reliquats d'un passé, espaces figés et contrôlées, à l'inverse de ce que les paysages sont réellement !

 

     Depuis quelques dizaines d'années, des centaines de milliers d'espèces de plantes, d'insectes, d'animaux et autres êtres vivants ont disparu, des pollutions ruinent des écosystèmes pour des décennies, voire davantage, nous sommes ainsi devenus une force géologique qui provoque la sixième plus grande extinction de l'histoire de notre planète et la destruction de territoires et d'écosystèmes entiers pour des centaines, voire des milliers d'années !

    Cependant la nature s'en remettra tant bien que mal. La terre n'est pas en grand danger, mais nous assurément oui !

 

    Admettre cette évidence, que la vie nous suivra tant bien que mal, mais que nous n'arriverons pas à survivre à son appauvrissement actuel, c'est admettre notre place infime et fragile dans le réseau inter-dépendant du vivant, duquel nous nous sommes extraits artificiellement durant une très courte période de l'existence de l'espèce humaine. C'est accepter que nous avons tout intérêt à préserver la vie sauvage tout autour de nous, car elle seule est à même de s'adapter de la meilleure des manières à toutes les évolutions, violentes ou lentes qu'elle peut subir. Car son interdépendance non gérée par une force soi-disant supérieure (l'homme)..., lui permet ce que nous ne savons plus faire : perpétuer et créer, en toute intelligence, avec les êtres qui l'entourent dans des relations non dualistes de compétition, symbiose, mutualisme, etc... les conditions à sa continuation et à celle de son environnement.

 

    En acceptant de laisser place à la nature sauvage, de lui ménager des espaces, et dans "nos" espaces d'accepter de cohabiter avec elle en recherchant perpétuellement les conditions du vivre ensemble malgré nos profondes différences, c'est assurer à notre espèce, à notre environnement et aux autres espèces, tout autant justifiées à vivre sur notre planète que nous, de nous assurer un avenir serein, voire un avenir tout court !

 

 

Yoann, de la ferme les demains dans la terre

 

L'assocation ASPAS qui milite pour la faune sauvage et met en oeuvre des actions fortes pour la préserver :

http://www.aspas-nature.org/

 

L'assocation FERUS qui engage des actions auprès des éleveurs pour permettre la cohabitation du loup, du lynx et de l'ours avec ces derniers :

 

http://www.ferus.fr/loup/le-loup-et-les-troupeaux

 

Un excellent article sur l'absurdité de conserver à tout prix l'élevage en montagne (dans les hautes terres), sur la nécessité du retour de la faune sauvage et son empêchement par la majorité des assos environnementales et naturalistes en Grande Bretagne, mais ces propos auraient très bien pu être tenus pour la situation en France :

http://www.buvettedesalpages.be/2015/08/le-paradoxe-de-la-biodiversite-europeenne.html

 

 

 

Un article sur les friches en France et la nécessité de les préserver pour notre espèce et le reste de la nature :

http://reporterre.net/Les-friches-derniers-espaces-naturels-de-France-en-voie-de-disparition

 

Des livres à lire sur le sauvage, le paysage et la chasse :

 

http://www.buchetchastel.fr/le-retour-du-sauvage-pierre-athanaze-9782283027950

http://biosphere.ouvaton.org/de-2005-a-2008/533-2008-la-nature-malade-de-la-gestion-de-jean-claude-genot-

http://www.sangdelaterre.fr/en-finir-avec-la-nature---francois-terrasson_135_9.html

http://www.albin-michel.fr/A-l-ecoute-du-monde-sauvage-EAN=9782226240781

 

 

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Commentaires : 3
  • #1

    Eric M. (dimanche, 20 mars 2016 17:16)

    Bonjour. Il me semble quand même, que la première raison de la chasse est quand même de se nourrir. Raison pour laquelle elle aussi vieille que l'humanité et connue de toutes les civilisations.
    Après, vous avez tout à ait raison de pointer les motivations malsaines du chasseur occidental actuel. Dès lors que l'occidental moyen vit dans une époque d'abondance alimentaire (pour ne pas dire de surabondance et de gaspillage), des motivations moins avouables deviennent le motif principal de la chasse : plaisir de tuer, gout du sang, sentiment de puissance, que sais-je.
    Cela étant, à choisir, je préfère le chasseur qui ne consomme que la viande de sa chasse (ça existe encore), au consommateur qui ingurgite quantités de poulets en batterie ou de cochons industriels, aux conditions d'élevage scandaleuses. En outre, je ne pense pas que l'homme soit un prédateur moins naturel ou moins légitime que le loup, ou n'importe quelle autre espèce, pour réguler les populations d'animaux. Ainsi, par exemple, en ville, on redécouvre les vertus de la chasse au faucon pour maintenir les populations de pigeon à un niveau acceptable. Personnellement, je ne trouve pas ça pire, au contraire, que la prolifération incontrôlée, que les méthodes de contrôle de naissance, ou que les pics à pigeon complètement inefficaces et inesthétiques.

  • #2

    Florian (mercredi, 11 mai 2016 16:27)

    Excellent article, tout à fait d'accord avec ce qui y est dit et dénoncé.
    Il importera de reconsidérer le rôle de la chasse et sa dimension, car si elle peut être pratiquée, il faut qu'elle le soit pour la seule raison de se nourrir de viande de temps en temps, comme le pensaient certaines tribus ancestrales et même des tribus actuelles peu touchées par l'occidentalisation, dans une relation à la nature ô combien plus intuitive et compréhensive que les pratiques modernes, qui sous couvert de régulation des populations (dont tu exposes superbement le contre-argument) vont finalement assouvir leur libido de mort, leur envie de stand de tir. La chanson de Tachant "la chasse" l'illustre à merveille.
    Au plaisir de te lire prochainement

  • #3

    Mercier bernadette (samedi, 06 août 2016 11:23)

    Que de verite et tellement vrais je te te dis bravo toi le loup