Les caractéristiques de la ferme (haies, sol, biodiversité, etc...)

Notre ferme est composée de 3 hectares et demi de terres (arables ou non), bois, haies, mares et d'une rivière. Une faible pente, plus ou moins régulière de 3-5%, orienté vers le sud-sud/ouest donne une configuration idéale pour un projet en permaculture. Entourée de haies centenaires, plus ou moins homogènes et épaisses, notre ferme est composée d'une beau bois quasiment au centre de la ferme (aux deux tiers vers le bas du terrain et traversant notre ferme d'est en ouest).

    Le bois (de 8000m2) à la pente la plus accentué, délimite deux types de terrains. Un terrain arable (cultivable) de 2 hectares environ, au nord, avec une faible pente; et un terrain très humide, et quasiment plat de 1ha environ, au sud (inondable l'hiver) avec comme frontière sud un ruisseau : Le Pin.

    Un inventaire plus précis de la faune et de la flore des zones décrites ci-dessous est prévu durant l'année 2016, avec l'aide d'associations écologistes.

 

    Le terrain du haut où se concentre les projets de notre ferme est un terrain aux caractéristiques plus ou moins homogènes :

- sous sol argilo-schisteux avec présence de gros cailloux de quartz et autres minéraux.

- un sol à dominante sableuse composé de 10% d'argile et de 20% de limons (test à la bouteille, une analyse plus précise est prévue)

- une structure plutôt grumeleuse (bien que la partie est du terrain soit de moins bonne qualité)

- une terre en bio depuis 30 ans avec une bonne présence de vers de terre et d'autres micro-organismes du sol

- une légère tendance à l'hydromorphie dans la partie basse du terrain, une bonne rétention en eau mais sans excès dans le reste du terrain la majeure partie de l'année. Une tendance à l'assèchement rapide l'été lorsque le sous-sol est sec.

- Une acidité du sol correcte (entre 5,5 et 6) bien qu'à surveiller, et surement à corriger par un amendement calcaire grossier ou par l'apport de BRF et de compost (une analyse plus précise pour mesurer l'acidité du sol est aussi prévue)

- La présence naturelle de légumineuses (vesce essentiellement), de plantes mellifères et autres plantes de prairie naturelle (un inventaire plus précis est prévu)

- Le taux de fertilité de notre sol et sa composition en matière organique sera à déterminer par une analyse en laboratoire. Les observations nous amènent en tout cas à penser à une fertilité correcte du sol et à une bonne composition en matière organique.

 

   Le bois 

 

   Le bois est une ancienne bande boisée bien préservée et non-entretenu durant de nombreuses années. Ce qui a favorisé un riche écosystème, avec nombre de bois et de souches mortes, de faune et de flore diversifiée et en nombre et d'arbres centenaires (un houx de plus de 300 ans y est présent !). Ces caractéristiques confèrent à ce bois un aspect sauvage et naturel qui lui donne tout son charme. 

Le bois est en outre à la frontière de deux biotopes bien différenciés :

 - le terrain du haut au biotope prairie de terre souvent cultivée et peu humide

 - le terrain du bas au biotope prairie humide, souvent saturée en eau et très fertile

Les effets de lisières (rencontres de différents types de milieux) y sont ainsi renforcés.

Au sein du bois, nous pouvons aussi observer deux formes de peuplement distincts d'arbres et arbustes :

 -sur la moitié haute, des arbres et arbustes caractéristiques d'une terre profonde, fertile, légèrement acide et peu perturbé par l'homme(merisiers centenaires, un frêne majestueux, un houx multi-centenaire, un châtaigner digne des contes et légendes, de nombreuses jacinthes, du sureau noir en grand nombre, etc...

  -sur la moitié basse, une plus grande homogénéité d'espèces dû à la fréquente saturation en eau du milieu, avec des arbres caractéristiques des sols quasi-saturés en eau : saules et aulnes et des plantes de zones humides : jonc, iris, carex, menthe aquatique,etc...

 

   Le terrain du bas

 

 Le terrain du bas est assez homogène dans sa caractéristique de zone humide, à part deux légères remontées de terrain (une près de la route départementale et une au bord du ruisseau vers le centre du terrain).

  Le ruisseau du Pin, qui longe toute la partie nord du terrain a été "remodelé" il y a 35 ans de cela par les aménageurs de l'époque. Au lieu d'un ruisseau, qui autrefois sinuait dans tout le terrain avec rochers, zones plus ou moins humides et forte présence d'arbres centenaires, une pelleteuse a tout simplement creusé un grand fossé rectiligne en arrachant tous les arbres centenaires. 

  La terre qui a servi au remodelage du ruisseau a ainsi été réparti sur le côté sud de ce dernier. 

  Le ruisseau se retrouve ainsi en hauteur par rapport à une majorité du terrain. Lors de fortes crues, ce dernier déborde à un endroit pour reprendre une partie de son lit naturel se situant au bord du bois.

  Ces crues amènent une forte proportion de limons, argiles et matière organique dans la prairie humide, ce qui lui confère une forte fertilité à partir du printemps, lorsque le terrain commence à se ressuyer. Certaines plantes atteignent alors plus de 3m de haut, une flore et une faune exubérante s'y épanouissant.

  Revers de la médaille, ces crues amènent aussi des résidus de nitrates, de pesticides et autres cochonneries des temps modernes sur la prairie, et difficile de quantifier en quelle quantité.

  Ses eaux fortement boueuses lors de fortes pluies, et le dépôt important de sédiments lors des crues, indiquent aussi que les pratiques culturales en amont sont des plus destructrices pour les sols et provoquent leur érosion (la rivière est d'ailleurs rarement claire).

 Nous avons en tout cas décidé de laisser au ruisseau une évolution naturelle, c'est à dire de ne pas le curer et ainsi qu'il retrouve un lit naturel au sein de la prairie humide.

 

   Les haies

 

  Le terrain du haut est entourée par trois haies bien différentes et bordée au sud par le bois (dont nous avons parlé plus haut) :

  • la haie de l'ouest

     Cette haie de 200m de longueur environ est composée d'une strate arborescente (arbres de plus de 8m de haut) bien fournie, ancienne (arbres centenaires) et peu taillé. 

    Les chênes y sont représentés en grande majorité avec la présence notable d'un châtaigner, conduit autrefois en cépée.

    La majorité de ces chênes ont été conduits en arbres de haut jet (qu'on laisse généralement se développer), d'autres en trognes (cépée en hauteur sur tronc). Depuis des dizaines d'années, les arbres ne sont plus souvent taillés. Les trognes reprennent ainsi une allure d'arbre de haut-jet et les arbres de haut-jet étendent leurs branches dans toutes les directions, ce qui confère aux arbres de la haie une belle majesté.

    La strate arbustive (arbres et arbustes de moins de 8m) est un peu moins homogène. En effet, dans sa partie basse nombre d'arbustes ont été autrefois arasés et commencent à peine à repousser du fait de la présence encore récente d'animaux. Sur la partie haute de la haie, la présence, durant quelques années, de chèvres a fortement dégradé, par endroits, la strate arbustive.

   Son épaisseur est du coup aussi très hétérogène, allant de 2 à 8m. Aux endroits les plus épais, nous pouvons remarquer une belle succession de strates, formant ainsi une pyramide en vu de coupe. 

   La strate arbustive est cependant peu fournie en arbres jeunes, capables de renouveler les arbres de haut-jet si ces derniers venaient à dépérir.

   Nécessité de préserver cette strate de l'abroutissement des animaux de la ferme pour assurer son renouvellement naturel et qu'elle assure toutes ses fonctions (brise-vent, niches écologiques,etc...). Pour diversifier la haie, la plantation d' arbres de haut-jet, autres que le chêne, est aussi prévu.

   Les ronces et le lierre, deux éléments essentiels mais souvent méprisés (et méconnus) d'une haie, y sont bien présents. La terre auprès de la haie, jusqu'à 10m de cette dernière, est meuble, aéré, constamment fraîche mais non saturée en eau, ce qui prouve l'intérêt fondamental d'une haie pour la fertilité et la vie d'un sol.

  •  la haie du nord

   Haie très ondulée, avec absence remarquable de la strate arborescente. La strate arbustive y est cependant bien homogène et épaisse (4 à 15m en allant de l'ouest vers l'est). Cette strate est majoritairement représenté par de l'ajonc, de l'aubépine, du genêt à balais (à l'est), de prunellier, de l'églantier et de ronces. 

   La forme ondulée de la haie est caractérisée par la présence à certains endroits de chênes, de 4 à 8m de hauteur, qui ont poussés à travers la strate arbustive, surement grâce aux geais qui ont disséminés les glands des autres haies. Le renouvellement de la haie est donc assuré rapidement à certains endroits. Sur le reste de la haie, pas de présence d'arbres en devenir. Au vu de la pente naturelle du terrain vers le sud, ce qui renforce l'impact destructeur pour les cultures des vents froids, nous avons décidé "d'accélérer" le renouvellement naturel de la haie.

   Nous en avons aussi profité pour planter des essences autres que le chêne comme l'érable champêtre, le hêtre, le tilleul,etc..., au sein de la strate arbustive, en veillant à ce qu'ils assument si possible plusieurs fonctions dont celle primordiale de filtrer le vent. 

   Nombre d'arbres et d'arbustes repoussant naturellement ont été saccagés, voire détruits, par les services municipaux d'entretien de la route communale, qui longe la haie du nord. 

   C'est pourquoi nous avons aussi choisi de décaler la plantation des nouveaux arbres vers l'extérieur de la haie donnant sur notre terrain. 

   Cela nous a aussi inspirés l'idée d'épaissir "artificiellement" cette haie en plantant, à deux mètres de cette dernière, une ligne d'arbres fruitiers, qui seront d'ailleurs protégés efficacement du vent. Et nous la compléterons par la suite, sur la ligne et au devant, par des arbrisseaux fruitiers.

   Nous nous sommes en tout cas posés la question de la concurrence racinaire, au vu de l’exigence en nutriments des arbres fruitiers et de leur faible capacité de concurrence. Le mode de plantation en quinconce permettra tout du moins de limiter cet effet. Et puis, nous verrons bien ! ;)

  • la haie de l'est

   Haie à ce jour la moins étudiée. Forte présence d'arbres de haut jet, centenaires à très jeunes, en majorité de chênes, avec une épaisseur de 4 à 12m environ. Haie en voie d’épaississement et de renouvellement naturel, que nous favoriserons en ne fauchant plus les abords de la haie où elle est la moins épaisse. Cela permettra de faire écran au bruit et aux pollutions, dû à la présence à l'arrière de cette haie d'une route départementale parfois bien fréquentée. L'entretien de la haie du côté de la route sera cependant nécessaire, pour éviter que les services municipaux ne le fassent à notre place et blessent les arbres et arbustes, favorisant l'entrée de champignons pathogènes et de micro-organismes parasites.

   Haie à mieux observer.

 

 

   Les mares

 

    Il n'y a pas la Mare, mais bien différents types de mares. Ainsi certains mares sont peu profondes et servent principalement à l'abreuvement des animaux; régulièrement curés pour éviter leur eutrophisation et leur comblement futur, la matière organique récupéré peut servir à enrichir les sols. D'autres, délaissés, permettent à toute une faune et une flore de s'installer sans être dérangés par l'intervention de l'homme, et de suivre leur évolution naturelle vers le comblement, suivie de la croissance d'une végétation préparant l'arrivée de la forêt.

D'autres profondes et/ou larges, servent à l'irrigation des cultures ou/et à la pisciculture, la culture d'algues, de champignons, etc...

D'autres mares cumulent tout simplement plusieurs des fonctions décrites précédemment, conjointement ou successivement.

Ces différentes mares ayant leur propre intérêt écologique.

 

   Sur la ferme, avant que nous arrivions, une seule mare était présente. Comme la majorité des mares de France, elle est d'origine anthropique et tend à s'eutrophiser. Elle est située en bas du bois, quasiment à son extrémité est.

   Peu profonde, elle servait à l'abreuvement des animaux de la ferme; des animaux sauvages en profitant aussi puisqu'un routin est bien visible de la rivière jusqu'à la mare.

   Les saules s'y épanouissent tout autour, leurs branches et feuilles se déposant dans la mare, accélérant l'accumulation de matière organique.

   Les crues (chargés d'azote et de phosphore), alimentent aussi la mare en hiver, ce qui accélère son eutrophisation naturelle.

   A rebours de nombre de gestionnaires de la nature*, nous n'avons pas décidé de lutter contre l'eutrophisation de cette mare, et de ne pas perturber le milieu déjà bien constitué (présence de nombreuses plantes diverses tout autour de la mare (menthe aquatique, iris des marais, saules anciens, etc) . 

  La mare que nous avons creusé il y a à peu près un an, à l'ouest du terrain du bas, servira à l'abreuvement des animaux (lorsqu'ils seront conduits dans le terrain du bas l'été) et peut-être à l'irrigation des cultures (cf plus haut). 

  La situation de cette mare, excentrée par rapport au terrain maraîcher, nous a aussi incités à ne pas y toucher.

 

* Parce qu'il faut gérer la nature, le sauvage? Il est vrai que durant des millions d'années, la nature n'a pas été capable de se débrouiller toute seule.

   De plus, sans nous, les forêts seraient répandus sur la majeure partie de la planète, mon dieu vous imaginez? Plus de milieux ouverts, plus de mares, plus de champs cultivés !

  Je ne savais pas que la faune et la flore qui y étaient inféodés étaient apparus en même temps que l'apparition de l'agriculture il y environ 10000 ans...

   Mais comme c'est bête, la nature est bien faite, des clairières, mares et zones humides se créaient naturellement, et une faune et une flore inféodés à ces milieux est apparu bien avant nous et a réussi à s'épanouir sans nous.

 

Mais l'homme a peur, peur de ce qui lui échappe et malheureusement la nature, la sauvage, l'authentique, elle, en paye les frais !